Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani
Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani

Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani

Collège de France

Overview
Episodes

Details

Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).

Recent Episodes

04 - La volonté en gage : raisonner par lignes de force métaphoriques
APR 8, 2026
04 - La volonté en gage : raisonner par lignes de force métaphoriques
<p>Dario Mantovani</p><p>Droit, culture et société de la Rome antique</p><p>Collège de France</p><p>Année 2025-2026</p><p></p><p>Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2)</p><p></p><p>04 - La volonté en gage : raisonner par lignes de force métaphoriques</p><p></p><p>Résumé</p><p></p><p>Le pignus, le gage, est un terme juridique doté d'une forte aura figurale. En tant que garantie, le gage habite l'attente entre le présent et ce qui doit encore advenir. Les poètes, d'Ovide à Racine et jusqu'à nos jours, en ont fait l'emblème de la preuve d'amour. Les juristes romains, quant à eux, rapprochent pignus de pugnus (« poing »). Il s'agit d'une étymologie seulement apparente, fondée sur une affinité phonétique – une paronomase – mais riche en conséquences (Gaius, Digeste 50, 16, 238, 2).</p><p></p><p>Cependant, pignus ne déploie pas son potentiel figuratif uniquement en tant qu'unité lexicale isolée. L'analyse d'un texte du juriste Cervidius Scaevola, à la fin du IIe siècle, le montre clairement (Digeste 44, 3, 14, 5). Ce texte restitue un débat public, véritable mise en scène d'un raisonnement, où le juriste élabore et résout un problème devant un auditoire.</p><p></p><p>Le cas concerne la vente de la chose gagée à la suite de l'inexécution du débiteur, et le rôle qu'y joue la volonté. La plupart des termes techniques mobilisés – distrahere, contrahere, convenire, accedere, concedere – sont d'origine métaphorique. Pris isolément, ils peuvent sembler dispersés ; mais à mesure que le texte se déploie, ils se révèlent organisés selon des lignes de force qui en constituent l'armature même et orientent le raisonnement vers la solution du problème.</p>
play-circle icon
63 MIN
02 - Le fruit et le profit : une métaphore qui n'en est peut-être pas une
MAR 18, 2026
02 - Le fruit et le profit : une métaphore qui n'en est peut-être pas une
<p>Dario Mantovani</p><p>Droit, culture et société de la Rome antique</p><p>Collège de France</p><p>Année 2025-2026</p><p></p><p>Le corps du droit, « Corpus Iuris ». Imaginer le droit par les métaphores corporelles dans la littérature juridique romaine (2)</p><p></p><p>02 - Le fruit et le profit : une métaphore qui n'en est peut-être pas une</p><p></p><p>Résumé</p><p></p><p>Si l'on s'intéresse aux métaphores, notamment à ces mots que les juristes empruntent souvent à la réalité physique pour construire leur vocabulaire conceptuel, le terme « fruit », employé pour désigner le « revenu », semble offrir un exemple presque parfait. Comme si, en observant la nature, les juristes avaient institué un monde analogue, transposé dans l'ordre du droit.</p><p></p><p>Or, tenter de retracer le destin du mot fructus, depuis les XII Tables du Ve siècle av. J.-C. jusqu'au Code civil français, montre que le parcours des mots et des idées est en réalité plus complexe et instructif. Les Romains ont en effet tendance à lier étroitement le vocabulaire à la dimension économique de la vie : une page de Varron, dans son traité De lingua Latina, en fournit une illustration particulièrement éclairante. Le mot fructus ne peut être détaché du verbe fruor, qui signifie « tirer profit », « jouir de ». Il s'agit donc d'un terme qui, dès l'origine, exprime déjà le point de vue de l'homme et son inclination à penser le monde comme une source d'utilité.</p><p></p><p>Les juristes romains eux-mêmes semblent s'engager dans ce sentier étroit, où ce qui est naturel est déjà envisagé du point de vue de l'utilité que cela apporte aux hommes. Cela les amène aussi à exclure l'idée que l'enfant né d'une femme puisse être considéré comme une source de profit, car ce serait un court-circuit logique. Paradoxalement, à mesure que l'on s'éloigne de ces origines et que l'on se rapproche de la pensée contemporaine, le terme « fruit » tend à se charger d'un sens plus naturaliste et plus nettement métaphorique : du moins est-ce ce que suggère le parcours proposé par ce cours.</p>
play-circle icon
67 MIN