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Musique, beaux-arts, cinéma ou théâtre, découvrez l’art sans frontières, sans œillères. Savourez quelques notes de musique, laissez-vous guider dans un musée ou une galerie, soyez le spectateur privilégié d’un film ou d’une pièce de théâtre, laissez-vous séduire par un spectacle de rue grâce à la chronique culture de la rédaction de RFI.

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«Le Paris de tous les jours» du peintre franco-algérien, Bilal Hamdad, au Petit Palais
JAN 31, 2026
«Le Paris de tous les jours» du peintre franco-algérien, Bilal Hamdad, au Petit Palais
Depuis quelques mois, les toiles de Diego Velasquez et de Claude Monet, exposées au Petit Palais à Paris, ont de nouvelles connaissances avec qui échanger : les tableaux du Franco-Algérien Bilal Hamdad. Les toiles hyper réalistes de l'artiste dialoguent avec celles des grands maîtres de la peinture classique et donnent à voir un Paris qui, jusque-là, ne trouvait pas sa place dans les grandes institutions : celui de Barbès Rochechouart, de Châtelet-les-Halles, et des livreurs Deliveroo. Elle trône, imposante, dans la « galerie des grands formats » du Petit Palais : la toile Paname, conçue par le peintre Bilal Hamdad spécialement pour l'exposition qui lui est consacrée. Plus de trois mètres de hauteur et quatre de largeur, qui capturent sur le vif – et dans un style quasi-photographique – la sortie du métro Barbès-Rochechouart, quartier populaire de la capitale française. Avec cette toile, les vendeurs de maïs ambulants, les livreurs Deliveroo et les doudounes multicolores sont immortalisés aux côtés des Parisiennes du XVIIIe siècle et des scènes bibliques plus classiques qui peuplent habituellement les galeries du musée. Des étoiles dans les yeux, la directrice du musée, Annick Lemoine, réfute tout paradoxe : « Bilal Hamdad amène au Petit Palais le Paris d'aujourd'hui, mais en défendant une peinture qui s'inscrit dans l'histoire de l'art. Sa pratique est traditionnelle, académique : de l'huile sur toile, sur grand format. » Rien de plus logique donc que de l'inviter à prendre ses quartiers dans ce célèbre musée du centre parisien, habitué à faire dialoguer, tous les ans, des peintres contemporains avec les artistes historiques qui peuplent la collection. D'autant que, poursuit la directrice, Bilal Hamdad « insère dans ses œuvres, de manière extrêmement discrète, des références à ces peintures de maître qui l'ont nourri ». On pense par exemple à son Angélus, un jeune homme perché sur une rambarde d'escalier dans le métro. Où est la référence au célèbre Angélus de Jean-François Millet (1859) ? Subtilement cachée en arrière-plan. « Très discrètement, Bilal Hamdad a représenté une trace, comme une saleté, sur le mur derrière le jeune homme. Mais en réalité, cela reprend la silhouette du village, en arrière-plan de l'Angélus de Millet, détaille Annick Lemoine. Mais si on ne le sait pas, on ne peut pas le voir. » Une exposition pédagogique et aux accents politiques Pour rester accessible à celles et ceux qui ne seraient pas rodés aux milliers de références dont fourmille l'histoire de la peinture classique, le Petit Palais a truffé le parcours de petites explications. Les toiles de Bilal Hamdad sont donc fréquemment accompagnées de cartels pointant, lorsqu'il y en a, les clins d'œil à des tableaux passés.  Car l'idée de cet événement était, précisément, d'ouvrir le champ de la culture à un public plus large que celui qui arpente habituellement les couloirs du Petit Palais. « On a fait le choix de défendre un jeune artiste, martèle Annick Lemoine, mais notre ambition, c'était aussi de faire venir, par cette exposition, des personnes qui n'auraient autrement peut-être pas franchi les portes du Petit Palais. Et c'est un fait, on a eu beaucoup plus de jeunes visiteurs, qui n'avaient jamais mis les pieds dans notre musée et qui ont, par ce biais, découvert le Petit Palais. »  Le message politique du travail de Bilal Hamdad, lui, est plus discret – et surtout laissé à l'interprétation des spectateurs. Il se lit surtout dans le fait de « peindre des gens », comme le dit l'artiste, quelle que soit leur origine sociale ou ethnique, et de leur donner, toujours, la même importance.  Une série, pourtant, se teinte d'un message plus franchement affirmé : ces tableaux – dont certains figurent au Petit Palais – de jeunes hommes étendus dans l'eau, morts ou endormis, l'histoire ne le dit pas. Sur l'une de ces toiles, au premier plan, un petit bateau en papier rouge fait une référence discrète, pas à l'histoire de l'art cette fois, mais bien à l'actualité. Dans son studio du XIXe arrondissement parisien, le peintre acquiesce : « Je voulais rendre hommage à toutes ces personnes qui traversent la Méditerranée – ou d'autres endroits du monde, d'ailleurs. » On ne se refait pas : l'inspiration lui est en premier lieu venue d'il y a plusieurs siècles, plus précisément du tableau Ophélie de John Everett Millais (1852).  Un mélange des époques et des références qui a su séduire le public : pendant les six premières semaines de l'exposition, plus de 239 000 personnes ont franchi les portes du Petit Palais. À lire aussiAu Petit Palais, le street art s'invite aux côtés des œuvres classiques ►Bilal Hamdad, Paname, exposition à découvrir au Petit Palais (Paris) jusqu'au 8 février. 
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Hip-Hop: de Marseille à Medellín, la danseuse Marina Gomes raconte les quartiers populaires
JAN 23, 2026
Hip-Hop: de Marseille à Medellín, la danseuse Marina Gomes raconte les quartiers populaires
Déconstruire les clichés par la danse et le hip-hop : c’est la mission que s’est donnée la chorégraphe marseillaise Marina Gomes. Sa trilogie — Asmanti, La Cuenta, Bach Nord — est affichée au festival Suresnes Cités Danse, en banlieue parisienne. Trois pièces pour raconter la résilience, la jeunesse et la puissance de création des quartiers populaires. Survêts, baskets, casquette… Des jeunes traînent autour d’un banc. Leur démarche nonchalante pleine d’attitude se mue en danse. « C’est une pièce qui se passe dans les quartiers populaires. Elle raconte différents moments du quotidien, différentes trajectoires, avec l’idée d’offrir un espace de représentativité à nos paroles, à nos récits, à nos vécus. Ce sont des fragments de vie, dans différents pays, à différents moments, mais on pourrait être dans un seul et même quartier », explique Marina Gomes. Originaire de Marseille, la danseuse et chorégraphe raconte la vie et son vécu dans les villes touchées par la violence et le narcotrafic. Après avoir composé Asmanti et Bach Nord, c’est en Colombie, à Medellín, qu’elle puise l’idée de la troisième pièce - La Cuenta – qui compose sa trilogie. « Là-bas, j’ai rencontré des collectifs de jeunes qui menaient un travail de mémoire et de résilience avec les familles de victimes. Ce qui m’a frappée, c’est la force de leur parole », raconte-t-elle. « Leur slogan était : “Nos vies comptent”, “chaque être assassiné était un être aimé”. Ils affirmaient que rien ne justifie l’homicide. Quand je suis rentrée à Marseille, cela a fait écho avec ce que nous traversions alors, notamment en 2023, l’une des années les plus sanglantes. Mais ce qui m’a marquée, c’est qu’en France, j’avais parfois l’impression qu’on comptait les morts, poursuit la chorégraphe. On les réduit à des chiffres, surtout lorsqu’on suppose, parfois sans rien savoir, un lien avec le narcotrafic. On ne s’émeut pas, alors qu’il s’agit souvent de mineurs ou de très jeunes personnes », déplore-t-elle. Ces constats soulèvent, selon elle, une question fondamentale : « Les enfants des quartiers populaires sont-ils considérés comme des enfants français ? Et les enfants racisés ? » Rendre des visages et des récits à celles et ceux qu’on réduit au silence Sur scène, des fleurs poussent sur des grillages, déplacés comme des cercueils. Le décor évoque un point de deal : un danseur, assis, encagoulé, attend, guitare à la main, tel un fusil. « Les cagoules renvoient à la déshumanisation. Les victimes sont souvent présentées comme des personnes sans visage, sans histoire, analyse Marina Gomes. Je commence donc par entrer dans le cliché — les “méchants”, les “criminels” — puis j’enlève les masques pour montrer qu’il y a des personnes, des histoires, des émotions, précise-t-elle. Nous dansons avec nos vêtements du quotidien. Ils font partie de la street culture. Ces codes sont immédiatement lisibles pour les jeunes et les publics issus du hip-hop, mais beaucoup moins pour les publics des théâtres. Il y a là un renversement de domination culturelle », souligne la chorégraphe. Une fête, des corps qui s’enlacent… puis des tirs. Lumière rouge sang. Lui veut se battre, elle le retient. « Je ne voulais pas parler seulement de celles et ceux qui meurent, mais de celles qui restent, dont on ne parle jamais, insiste Marina Gomes. On ne parle pas de ces familles meurtries, de ces femmes qui pleurent un enfant, un frère, un amoureux. La danse est un langage sans frontières, ni géographiques ni linguistiques. L’émotion est un terrain commun : face à quelqu’un qui ressent quelque chose, il est difficile de rester indifférent. Mon travail consiste à créer un espace où l’on partage la même émotion. À partir de là, le dialogue devient possible », conclut-elle. La danse comme émotion partagée et geste politique Faire danser les jeunes des quartiers est aussi au cœur de son engagement. Une vingtaine de lycéens de Nanterre participent au spectacle, comme Myriam, élève au lycée Joliot-Curie. « Tout le monde pense que ceux qui viennent de la banlieue font du trafic ou des affaires louches. Alors qu’en vérité, on est sérieux, déterminés, et on a aussi du génie, témoigne-t-elle. Faire ce spectacle de danse nous rend fiers et montre qu’on peut y arriver », ajoute la lycéenne. Du bitume à la scène, le hip-hop est aujourd’hui pratiqué par près de 600 000 personnes en France et s’impose comme l’un des arts vivants les plus populaires et fédérateurs du pays. Depuis plus de 30 ans, le festival Suresnes Cités Danse a contribué à faire entrer les danses urbaines sur les scènes institutionnelles, les reconnaissant comme un art chorégraphique à part entière. « Être ici, à Suresnes, avec ces trois spectacles, est symboliquement très fort pour moi, confie Marina Gomes. Quand un théâtre ouvre ses portes à des récits comme les nôtres, racontés sans compromis, c’est un geste politique. Cela dit que le vivre-ensemble est possible. »
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