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Chaque jour, un invité, spécialiste ou acteur de l’événement, vient commenter l’actualité internationale sur RFI au micro du présentateur de la tranche de la mi-journée.

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Venezuela: «Au regard du droit international, cette opération était illégale»
JAN 4, 2026
Venezuela: «Au regard du droit international, cette opération était illégale»
Retour sur les derniers événements au Venezuela, que l’on peut qualifier d’historiques, et qui suscitent la stupeur dans le monde entier tout en soulevant de nombreuses questions sur le plan du droit international. Pour en parler nous recevons Kevin Parthenay, professeur agrégé de sciences politiques. Membre Junior de l'Institut universitaire de France, chercheur associé au Céri/Sciences Po et co-président de l'Opalc. RFI : Au regard du droit international, les États-Unis avaient-ils une base légale pour procéder à l'arrestation du président vénézuélien ? Kevin Parthenay : Non, absolument aucune base légale. Il s'agit bien d'une opération militaire illégale qui constitue même une agression militaire puisqu'elle s'est déroulée en territoire étranger. Au regard de la législation des États-Unis, il peut y avoir un « soupçon » de légalité, dans la mesure où toutes les opérations étaient mises sous le label des activités terroristes, narcoterroristes du président du Venezuela. Mais le problème, c'est qu'à partir du moment où cela démarre d'un qualificatif posé par les États-Unis eux-mêmes, on peut justifier à peu près tout et n'importe quoi. Mais au regard du droit international, cette opération était illégale. Alors peut-on parler quand même d'une arrestation, d'un enlèvement, d'une opération extraterritoriale illégale ? Quelle qualification juridique s'impose aujourd'hui ? Moi je répéterais cette idée d'une opération militaire menée sur un territoire étranger, donc extraterritoriale, mais illégale. Il s'agit d'une capture du chef d'État, même si les qualificatifs qui sont utilisés aujourd'hui font l'objet de débat. Et on sait combien les narratifs sont importants pour positionner justement les différents acteurs dans un échiquier géopolitique complexe. Mais il s'agit effectivement d'une opération illégale menée en territoire étranger par les États-Unis, puissance dominante dans la région, et qui s'est attaquée à un leader politique, certes, qui était complètement illégitime, puisqu’il est quand même de notoriété publique que les dernières élections de juillet 2024 avaient été fraudées, donc illégitimes au pouvoir. Mais malgré tout, il s'agit d'une opération illégale. À lire aussiLes dessous d’«Absolute Resolve», l’opération militaire qui a permis aux États-Unis d'enlever Nicolas Maduro Alors, ce type d'action crée-t-il un précédent dangereux dans les relations internationales, notamment pour les chefs d'État en exercice ? Oui, c’est un précédent très inquiétant et c'est vraiment ça le grand changement puisque comme je l'expliquais, les justifications données par les autorités des États-Unis sont liées à la dimension de narcotrafic des activités criminelles. Mais tout part des États-Unis. C'est donc le narratif des Etats-Unis qui justifie une action des Etats-Unis en territoire étranger. À ce jeu-là, n'importe qui peut devenir vulnérable. Je pense notamment au président colombien aujourd'hui, qui a été fréquemment attaqué également par le président Trump pour des activités liées au narcotrafic, la production de cocaïne en Colombie, et qui peut tout à fait faire l'objet aujourd'hui de menaces qui pourraient justifier des interventions. Si l'on suit la même rhétorique, on pourrait attendre des actions similaires, et c'est vrai que cela crée un précédent car l'on entre dans un système international qui est régi par la loi du plus fort. À partir du moment où certains décident d'intervenir parce qu’une situation ne leur convient pas, et bien on peut intervenir. C'est extrêmement dangereux et très préjudiciable pour la stabilité du système international. Il y a aussi Cuba, un allié historique de Caracas, Cuba, qui craint de son côté d'être la prochaine cible de Washington… Tout à fait. Le secrétaire d'État Marco Rubio a été très très clair, autant vis-à-vis de la Colombie que de Cuba. Alors, Cuba, effectivement, on est dans une trajectoire historique beaucoup plus longue, mais qui nous rappelle bien justement quelques heures de la guerre froide, où tous les pouvoirs qui ne se rangent pas derrière Washington, qui ne sont pas des alliés, sont considérés comme des ennemis et peuvent craindre précisément des actions menées par les autorités des Etats-Unis. Aujourd'hui, on est vraiment dans un monde, et c'est très transparent dans la rhétorique de Trump, dans sa dernière doctrine qui a été publiée il y a quelques semaines, où tous ceux qui n'appartiennent pas à un club d'alliés ou d'amis, peuvent être catégorisés comme des ennemis des États-Unis, et faire l'objet de ce genre d'attaques et de menaces, de pressions politiques ou d'interventions militaires. L'Europe et les différents pays européens on été très mesuré, même ambigus après ces événements. Comment vous l'expliquez ? Quels devraient être à vos yeux leur position maintenant ? Je pense que m'on est dans une situation où l'Europe craint d'affronter de manière franche et radicale les États-Unis pour des raisons qui sont beaucoup plus vastes, liées notamment à l'économie et aux équilibres géopolitiques. Mais je crois que ça crée un précédent aussi qui est négatif pour nous, dans la mesure où le droit international est peut-être le dernier rempart qui nous protège et qui permet de stabiliser le système international contre justement cette désinhibition totale des puissances. À lire aussiVenezuela: Emmanuel Macron salue la chute de Maduro, le Quai d'Orsay plus critique sur l'opération américaine En n'exprimant pas d'une voix forte le fait que, quel que soit le commentaire qu'on puisse faire sur la nature du régime en place au Venezuela, on condamne fermement une violation caractérisée du droit international, nous nous mettons nous-mêmes en danger. Lorsqu'on regarde ce document de sécurité nationale qui a été publié récemment, on voit très bien l'Europe apparaître dans une position plus que secondaire, mais dans une dynamique qui pourrait faire l'objet justement de pressions politiques par les États-Unis. À mon sens, ne pas rappeler fermement cet attachement au multilatéralisme, au droit international, au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale constitue un problème pour les États européens.
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Au Venezuela, «c'est l’événement politique le plus important des vingt dernières années»
JAN 3, 2026
Au Venezuela, «c'est l’événement politique le plus important des vingt dernières années»
Le Venezuela a été frappé par les États-Unis dans la nuit. Washington a lancé une « attaque de grande envergure » contre le pays. Donald Trump annonce que le président Nicolas Maduro a été « capturé et exfiltré » du Venezuela. Quelles sont désormais les conséquences et les suites de cette attaque ? Pour en parler, nous recevons Eduardo Rios, docteur en sciences politiques spécialiste du Venezuela, consultant indépendant et directeur de Gnosis Advisory.  RFI : Tout s'est déroulé très vite cette nuit, tout le monde a été surpris. Revenons dans un premier temps aux raisons de cette attaque et de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines. Comment en est-on arrivé là ? Eduardo Rios : Je pense qu'il est important de le souligner, c'est l'événement politique le plus important des douze, sinon des vingt dernières années au Venezuela. Il faut l'insérer dans la longue durée. Ce qui se passe depuis douze ans, c'est que le chavisme perd de sa force politique et que l'opposition grandit électoralement. Ceci a abouti à une victoire électorale de l'opposition que le chavisme n'a pas reconnue. Face à cette situation, quand le chavisme n'a pas reconnu la victoire, il y a eu beaucoup de pressions internationales qui ont commencé à être mises sur le Venezuela. Pressions internationales qui ont d'abord été diplomatiques et, une fois que Donald Trump a gagné l'élection présidentielle, qui ont commencé à être militaires, à partir de septembre 2025. C'est dans cette situation d'escalade, par rapport à des résultats d'élections non reconnus par le chavisme, qu'on doit situer ces événements. C'est le contexte au niveau national, au Venezuela, mais également au niveau international. Deux points paraissent un peu surprenants d'un point de vue militaire. Des hélicoptères américains ont réussi leur opération sans être interceptés. Comment peut-on l'expliquer? On a l'impression que Nicolas Maduro a été capturé facilement. C'est les deux grandes questions à se poser. Nicolas Maduro avait acheté de nombreux missiles air-sol à la Russie. Ils n'ont pas fonctionné. Les hélicoptères sont entrés dans Caracas et n'ont pas été empêchés, ni par la défense anti-aérienne, ni par l'aviation vénézuélienne. C'est une question à se poser. Je pense que les historiens auront de quoi se mettre sous la dent. C'est une situation particulière, où le président vénézuélien est tombé facilement et où l'armée vénézuélienne était peu préparée pour un événement dont on aurait pu imaginer qu'ils avaient au moins l'idée que c'était sur la table. C'est très surprenant, je suis d'accord. Pour l'instant, on ne peut que spéculer, mais c'est surprenant. Vous dites que Nicolas Maduro a été capturé facilement. Aurait-il pu se laisser prendre ? C'est une question. Il y a une déclaration d'une personne liée à Delcy Rodríguez (vice-présidente du Venezuela, ndlr) qui a déclaré qu'il a donné de sa vie pour la paix. Le mot d'ordre du régime chaviste, c'est de dire qu'il faut qu'il faut donner une preuve que Nicolas Maduro est vivant. Je pense que c'est une excuse du chavisme pour ne pas avoir à se prononcer sur la question épineuse de son successeur. Le président Donald Trump fera une conférence de presse à 17h heure française, durant laquelle il partagera vraisemblablement des informations concernant le sort de Nicolas Maduro. Que va-t-il devenir ? Va-t-il être jugé pour délit ? Si oui, lequel ? Cela va concerner le narcotrafic ? Cela va être semblable à Al Capone. Mauvaise métaphore, mais je vais m'expliquer. C'est-à-dire qu'il a fait des choses qui sont punissables par la loi américaine et qui lui permettront d'être jugé dans les tribunaux américains. Que ce soit le narcotrafic, que ce soit l'atteinte aux droits des hommes, que ce soit le blanchiment d'argent. On va l'inculper pour une multitude de potentielles raisons. En pratique, ce qui s'est passé, c'est une pression militaire américaine qui a permis le changement de gouvernement au Venezuela, ou du moins un changement de président, ce qui a mis le doute sur la continuité potentielle du gouvernement chaviste, ce qui n'était pas le cas hier soir, avant une heure du matin. C'est un bouleversement majeur et rapide. Sur place, désormais, quelle succession possible à Nicolas Maduro ? La situation semble complexe. Quelles ont été les premières déclarations de l'opposition, notamment ? L'opposition, je pense qu'elle n'est pas l'instigatrice de cette attaque. Elle a demandé cette attaque, mais elle n'est pas l'instigatrice de cette attaque. Pour l'instant, du côté de Maria Corina Machado et d'Edmundo Gonzalez disent être prêt à prendre la présidence. Mais ils ne vont pas plus loin. Ils n'en savent pas plus que cela. J'imagine qu'ils ont été informés. Du côté du régime chaviste, le principal débat concernera un éventuel consensus autour d'une figure qui pourra prendre le pouvoir après Nicolas Maduro. Pour l'instant, le message du chavisme, c'est de dire qu'ils veulent des preuves qu'il soit vivant, ce qui démontre qu'ils n'ont pas encore pris la décision en interne sur son successeur. Cela va être une question épineuse car la première personne à lever la main va être, soit attaquée par le gouvernement américain, soit va créer une lutte fratricide à l'intérieur du chavisme. Je pense que le chavisme est dans une situation extrêmement délicate. Les deux scénarios à avoir en tête, si vous voulez comprendre l'après qui va succéder à Nicolas Maduro, c'est : soit une figure consensuelle apparaît au sein du chavisme et reste au pouvoir ou négocie ; soit le chavisme n'arrive pas à trouver une figure consensuelle et s'effondre, l'opposition prend le pouvoir dans une situation de vide du pouvoir extrêmement difficile et qui n'augure rien de bon pour le succès de l'opposition. Nous sommes donc dans un moment extrêmement délicat, qui n'offre pas une voie royale à qui que ce soit au sein de la scène politique vénézuélienne. Avez-vous, tout de même, une idée ou un avis sur cette question de la transition ? Depuis un moment, l'opposition participe à des élections qu'elle gagne. Le chavisme n'a pas voulu la reconnaître. Souvent, dans l'histoire latino-américaine, lors de situations analogues, cela a ouvert la porte à des négociations avec les cadres du régime pour pouvoir donner le pouvoir à de nouvelles personnes, avec de nouvelles constitutions, etc. Pour l'instant, le chavisme a refusé de le faire. La seule pression qui a fonctionné a été une pression militaire. Comme la transition a été poussée de façon militaire, par l'extérieur, on entre dans l'inconnu. Ce n'est pas le modèle traditionnel des transitions qu'a vécu l'Amérique latine dans les années 1970-1980. Je pense que la raison pour laquelle une transition construite sur des bases nationales marche mieux, c'est parce qu'elle permet de mettre en accord les différentes personnalités des différentes forces vives de la nation. Pour l'instant, on n'en sait rien. La transition, si elle se fait, elle va devoir déboucher sur un gouvernement qui permettra d'avoir des élections libres. Nous sommes dans une situation vraiment intéressante. À lire aussi[En direct] Venezuela: Donald Trump dit avoir regardé en direct l'enlèvement de Nicolas Maduro
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