Au Venezuela, «c'est l’événement politique le plus important des vingt dernières années»
Le Venezuela a été frappé par les États-Unis dans la nuit. Washington a lancé une « attaque de grande envergure » contre le pays. Donald Trump annonce que le président Nicolas Maduro a été « capturé et exfiltré » du Venezuela. Quelles sont désormais les conséquences et les suites de cette attaque ? Pour en parler, nous recevons Eduardo Rios, docteur en sciences politiques spécialiste du Venezuela, consultant indépendant et directeur de Gnosis Advisory. RFI : Tout s'est déroulé très vite cette nuit, tout le monde a été surpris. Revenons dans un premier temps aux raisons de cette attaque et de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines. Comment en est-on arrivé là ? Eduardo Rios : Je pense qu'il est important de le souligner, c'est l'événement politique le plus important des douze, sinon des vingt dernières années au Venezuela. Il faut l'insérer dans la longue durée. Ce qui se passe depuis douze ans, c'est que le chavisme perd de sa force politique et que l'opposition grandit électoralement. Ceci a abouti à une victoire électorale de l'opposition que le chavisme n'a pas reconnue. Face à cette situation, quand le chavisme n'a pas reconnu la victoire, il y a eu beaucoup de pressions internationales qui ont commencé à être mises sur le Venezuela. Pressions internationales qui ont d'abord été diplomatiques et, une fois que Donald Trump a gagné l'élection présidentielle, qui ont commencé à être militaires, à partir de septembre 2025. C'est dans cette situation d'escalade, par rapport à des résultats d'élections non reconnus par le chavisme, qu'on doit situer ces événements. C'est le contexte au niveau national, au Venezuela, mais également au niveau international. Deux points paraissent un peu surprenants d'un point de vue militaire. Des hélicoptères américains ont réussi leur opération sans être interceptés. Comment peut-on l'expliquer? On a l'impression que Nicolas Maduro a été capturé facilement. C'est les deux grandes questions à se poser. Nicolas Maduro avait acheté de nombreux missiles air-sol à la Russie. Ils n'ont pas fonctionné. Les hélicoptères sont entrés dans Caracas et n'ont pas été empêchés, ni par la défense anti-aérienne, ni par l'aviation vénézuélienne. C'est une question à se poser. Je pense que les historiens auront de quoi se mettre sous la dent. C'est une situation particulière, où le président vénézuélien est tombé facilement et où l'armée vénézuélienne était peu préparée pour un événement dont on aurait pu imaginer qu'ils avaient au moins l'idée que c'était sur la table. C'est très surprenant, je suis d'accord. Pour l'instant, on ne peut que spéculer, mais c'est surprenant. Vous dites que Nicolas Maduro a été capturé facilement. Aurait-il pu se laisser prendre ? C'est une question. Il y a une déclaration d'une personne liée à Delcy Rodríguez (vice-présidente du Venezuela, ndlr) qui a déclaré qu'il a donné de sa vie pour la paix. Le mot d'ordre du régime chaviste, c'est de dire qu'il faut qu'il faut donner une preuve que Nicolas Maduro est vivant. Je pense que c'est une excuse du chavisme pour ne pas avoir à se prononcer sur la question épineuse de son successeur. Le président Donald Trump fera une conférence de presse à 17h heure française, durant laquelle il partagera vraisemblablement des informations concernant le sort de Nicolas Maduro. Que va-t-il devenir ? Va-t-il être jugé pour délit ? Si oui, lequel ? Cela va concerner le narcotrafic ? Cela va être semblable à Al Capone. Mauvaise métaphore, mais je vais m'expliquer. C'est-à-dire qu'il a fait des choses qui sont punissables par la loi américaine et qui lui permettront d'être jugé dans les tribunaux américains. Que ce soit le narcotrafic, que ce soit l'atteinte aux droits des hommes, que ce soit le blanchiment d'argent. On va l'inculper pour une multitude de potentielles raisons. En pratique, ce qui s'est passé, c'est une pression militaire américaine qui a permis le changement de gouvernement au Venezuela, ou du moins un changement de président, ce qui a mis le doute sur la continuité potentielle du gouvernement chaviste, ce qui n'était pas le cas hier soir, avant une heure du matin. C'est un bouleversement majeur et rapide. Sur place, désormais, quelle succession possible à Nicolas Maduro ? La situation semble complexe. Quelles ont été les premières déclarations de l'opposition, notamment ? L'opposition, je pense qu'elle n'est pas l'instigatrice de cette attaque. Elle a demandé cette attaque, mais elle n'est pas l'instigatrice de cette attaque. Pour l'instant, du côté de Maria Corina Machado et d'Edmundo Gonzalez disent être prêt à prendre la présidence. Mais ils ne vont pas plus loin. Ils n'en savent pas plus que cela. J'imagine qu'ils ont été informés. Du côté du régime chaviste, le principal débat concernera un éventuel consensus autour d'une figure qui pourra prendre le pouvoir après Nicolas Maduro. Pour l'instant, le message du chavisme, c'est de dire qu'ils veulent des preuves qu'il soit vivant, ce qui démontre qu'ils n'ont pas encore pris la décision en interne sur son successeur. Cela va être une question épineuse car la première personne à lever la main va être, soit attaquée par le gouvernement américain, soit va créer une lutte fratricide à l'intérieur du chavisme. Je pense que le chavisme est dans une situation extrêmement délicate. Les deux scénarios à avoir en tête, si vous voulez comprendre l'après qui va succéder à Nicolas Maduro, c'est : soit une figure consensuelle apparaît au sein du chavisme et reste au pouvoir ou négocie ; soit le chavisme n'arrive pas à trouver une figure consensuelle et s'effondre, l'opposition prend le pouvoir dans une situation de vide du pouvoir extrêmement difficile et qui n'augure rien de bon pour le succès de l'opposition. Nous sommes donc dans un moment extrêmement délicat, qui n'offre pas une voie royale à qui que ce soit au sein de la scène politique vénézuélienne. Avez-vous, tout de même, une idée ou un avis sur cette question de la transition ? Depuis un moment, l'opposition participe à des élections qu'elle gagne. Le chavisme n'a pas voulu la reconnaître. Souvent, dans l'histoire latino-américaine, lors de situations analogues, cela a ouvert la porte à des négociations avec les cadres du régime pour pouvoir donner le pouvoir à de nouvelles personnes, avec de nouvelles constitutions, etc. Pour l'instant, le chavisme a refusé de le faire. La seule pression qui a fonctionné a été une pression militaire. Comme la transition a été poussée de façon militaire, par l'extérieur, on entre dans l'inconnu. Ce n'est pas le modèle traditionnel des transitions qu'a vécu l'Amérique latine dans les années 1970-1980. Je pense que la raison pour laquelle une transition construite sur des bases nationales marche mieux, c'est parce qu'elle permet de mettre en accord les différentes personnalités des différentes forces vives de la nation. Pour l'instant, on n'en sait rien. La transition, si elle se fait, elle va devoir déboucher sur un gouvernement qui permettra d'avoir des élections libres. Nous sommes dans une situation vraiment intéressante. 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