<p>Dans le monde de la philanthropie, un paradoxe persiste : alors que les fondations affirment vouloir maximiser leur impact social, leurs pratiques révèlent souvent un profond déséquilibre de pouvoir. Selon le Center for Effective Philanthropy, 57% des fondations déclarent que moins d&#39;un quart de leurs membres du conseil d&#39;administration sont des personnes de couleur. Plus troublant encore, les organisations à but non lucratif dirigées par des Afro-Américains ont des revenus 24% inférieurs à ceux de leurs homologues dirigées par des Blancs, et leurs actifs nets non fléchés sont 76% inférieurs, selon les recherches d&#39;Echoing Green et Bridgespan.</p><p>Ce déséquilibre ne se limite pas à la représentation. Il se reflète dans les modalités de financement elles-mêmes. La majorité des fondations fonctionnent avec des équipes réduites – une taille médiane de seulement 4 personnes selon le Council on Foundations – et pourtant, elles imposent aux organisations bénéficiaires des processus de candidature complexes, des exigences de reporting détaillées et des restrictions sur l&#39;utilisation des fonds. Cette approche transactionnelle crée une relation où les organisations à but non lucratif doivent constamment prouver leur valeur plutôt que de se concentrer sur leur mission.</p><p>Pourtant, les données sont formelles : la philanthropie basée sur la confiance est plus efficace. Des recherches récentes du Center for Effective Philanthropy sur les bénéficiaires de grandes subventions non fléchées révèlent des résultats remarquables : les organisations ont pu augmenter leurs réserves de trésorerie de 3,5 mois à 6,5 mois en moyenne, et près de 90% ont utilisé les fonds pour renforcer leurs capacités organisationnelles fondamentales. Contrairement aux craintes souvent exprimées, ces organisations n&#39;ont pas &quot;dilapidé&quot; l&#39;argent – elles ont investi stratégiquement dans leur durabilité et leur impact à long terme.</p><p>Face à ce constat, une nouvelle génération de philanthropes émerge. Ils questionnent les pratiques établies, revendiquent une approche plus humble et collaborative, et cherchent à combiner générosité instinctive et impact mesurable. Ils veulent donner intelligemment, mais aussi oser prendre des risques là où la philanthropie traditionnelle reste encore trop prudente.</p><p>Comment transformer la philanthropie pour qu&#39;elle soit vraiment au service de ceux qu&#39;elle prétend aider ? Comment équilibrer rigueur stratégique et confiance envers les acteurs de terrain ? Et surtout, comment convaincre ceux qui ont les moyens de donner qu&#39;ils peuvent réellement faire la différence ?</p><p>Dans cet épisode, j &#39;accueille Sophie Pelka de Give It Forward Trust, qui a fait de ces questions le cœur de sa pratique philanthropique. Avec Sophie nous abordons entre autres :</p><p>&gt; le syndrome de la goutte d&#39;eau dans l&#39;océan ou quand une personne a l&#39;impression que son don ne fera pas la différence ;</p><p>&gt; l&#39;impact énorme d&#39;un soutien de long terme combiné à des dons non fléchés ;</p><p>&gt; l&#39;importance de façonner la philanthropie aussi en fonction des besoins du terrain ;</p><p>&gt; le don comme un investissement social et la nécessaire prise de risque ;</p><p>&gt; ou encore ce difficile équilibre entre les processus parfois rigides et une rigueur empreinte de la réalité du terrain. </p><p>Pour en savoir plus sur Give It Forward Trust, <a href="https://giftfoundation.ch/"><u>⁠cliquez ici⁠</u></a>. </p><p>Bonne écoute !</p>

DONORS | TIPS

Emilie Compignie

Philanthropie : et si on arrêtait de jouer la sécurité ? Avec Give It Forward Trust

OCT 27, 202532 MIN
DONORS | TIPS

Philanthropie : et si on arrêtait de jouer la sécurité ? Avec Give It Forward Trust

OCT 27, 202532 MIN

Description

<p>Dans le monde de la philanthropie, un paradoxe persiste : alors que les fondations affirment vouloir maximiser leur impact social, leurs pratiques révèlent souvent un profond déséquilibre de pouvoir. Selon le Center for Effective Philanthropy, 57% des fondations déclarent que moins d&#39;un quart de leurs membres du conseil d&#39;administration sont des personnes de couleur. Plus troublant encore, les organisations à but non lucratif dirigées par des Afro-Américains ont des revenus 24% inférieurs à ceux de leurs homologues dirigées par des Blancs, et leurs actifs nets non fléchés sont 76% inférieurs, selon les recherches d&#39;Echoing Green et Bridgespan.</p><p>Ce déséquilibre ne se limite pas à la représentation. Il se reflète dans les modalités de financement elles-mêmes. La majorité des fondations fonctionnent avec des équipes réduites – une taille médiane de seulement 4 personnes selon le Council on Foundations – et pourtant, elles imposent aux organisations bénéficiaires des processus de candidature complexes, des exigences de reporting détaillées et des restrictions sur l&#39;utilisation des fonds. Cette approche transactionnelle crée une relation où les organisations à but non lucratif doivent constamment prouver leur valeur plutôt que de se concentrer sur leur mission.</p><p>Pourtant, les données sont formelles : la philanthropie basée sur la confiance est plus efficace. Des recherches récentes du Center for Effective Philanthropy sur les bénéficiaires de grandes subventions non fléchées révèlent des résultats remarquables : les organisations ont pu augmenter leurs réserves de trésorerie de 3,5 mois à 6,5 mois en moyenne, et près de 90% ont utilisé les fonds pour renforcer leurs capacités organisationnelles fondamentales. Contrairement aux craintes souvent exprimées, ces organisations n&#39;ont pas &quot;dilapidé&quot; l&#39;argent – elles ont investi stratégiquement dans leur durabilité et leur impact à long terme.</p><p>Face à ce constat, une nouvelle génération de philanthropes émerge. Ils questionnent les pratiques établies, revendiquent une approche plus humble et collaborative, et cherchent à combiner générosité instinctive et impact mesurable. Ils veulent donner intelligemment, mais aussi oser prendre des risques là où la philanthropie traditionnelle reste encore trop prudente.</p><p>Comment transformer la philanthropie pour qu&#39;elle soit vraiment au service de ceux qu&#39;elle prétend aider ? Comment équilibrer rigueur stratégique et confiance envers les acteurs de terrain ? Et surtout, comment convaincre ceux qui ont les moyens de donner qu&#39;ils peuvent réellement faire la différence ?</p><p>Dans cet épisode, j &#39;accueille Sophie Pelka de Give It Forward Trust, qui a fait de ces questions le cœur de sa pratique philanthropique. Avec Sophie nous abordons entre autres :</p><p>&gt; le syndrome de la goutte d&#39;eau dans l&#39;océan ou quand une personne a l&#39;impression que son don ne fera pas la différence ;</p><p>&gt; l&#39;impact énorme d&#39;un soutien de long terme combiné à des dons non fléchés ;</p><p>&gt; l&#39;importance de façonner la philanthropie aussi en fonction des besoins du terrain ;</p><p>&gt; le don comme un investissement social et la nécessaire prise de risque ;</p><p>&gt; ou encore ce difficile équilibre entre les processus parfois rigides et une rigueur empreinte de la réalité du terrain. </p><p>Pour en savoir plus sur Give It Forward Trust, <a href="https://giftfoundation.ch/"><u>⁠cliquez ici⁠</u></a>. </p><p>Bonne écoute !</p>